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Lettre ouverte à Bert Anciaux, Ministre flamand de la culture, de la jeunesse, des sports et de Bruxelles.
Concernant : inauguration festive du pavillon belge à la 11e exposition internationale d’architecture à Venise avec l’installation multimédia ‘1907…After the Party’.
Brussel, 15 septembre 2008
Cher Ministre Anciaux,
Pendant les dix semaines suivantes, les architectes du monde entier se rassembleront à Venise pour y représenter leur peuple et patrie à la 11e biennale internationale d’architecture. Comme cela convient, la nation Belge, elle aussi, sera représentée et même plus, elle y fêtera la centenaire de son pavillon dans le Giardini. Cependant, cette représentation n’étais pas évidente. Comme vous savez sans doute, la Belgique se retrouve dans une crise profonde depuis les dernières élections nationales. Les différentes communautés défendent avec zèle la reconnaissance complète de leur propre langue et culture et font trembler les fondations de la nation belge. Principalement autour de la capitale belge et à la fois européenne les tensions communautaires continuent à monter. Une impasse spatiale et métropolitaine risque d’entraîner le pays dans une lutte communautaire de tous contre tous. C’est le déblocage de cette impasse que nous, architectes et philosophes, nous sommes humblement mis comme mission.
De façon approbative, nous avons pris connaissance de la décision de déléguer l’Office KGDVS comme ambassadeur de la nation belge. Pour cela, nous remercions le jury international qui avec son choix objective, a assisté le curateur en charge, Moritz Küng. Comme avocats de longue date d’une discipline architecturale autonome, l’Office KGDVS est le plus apte à représenter la nation belge en temps de crise. La philosophie de leur bureau : « l’architecture c’est l’architecture » garantie que la Belgique fera bonne impression à l’étranger sans risque que la lutte fraternelle dans la patrie se manifeste aussi intense à la plate-forme internationale unique qu’est la biennale de Venise.
Répondant au dictat du curateur de présenter à Venise la condition actuelle de l’architecture en Belgique à l’échelle 1:1, l’Office KGDVS choisissait à exposer le pavillon lui-même. L’intervention architecturale consiste d’un haut mur. Plutôt que de fermer le pavillon, le mur oblige le visiteur d’aborder le pavillon d’une autre manière. Ainsi apparaît une oasis unique qui invite à la réflexion sur le pavillon belge et ses 100 ans d’histoire turbulente. Donnant preuve d’une grande flexibilité, Office KGDVS expose deux œuvres d’art d’artistes d’une réputation internationale, aux endroits dans le pavillon où l’architecture manque nécessairement au plan communicatif. Les deux œuvres d’art font référence à une fête qui n’a jamais eu lieu ou n’a pas encore eu lieu, un message qui est amplifié encore par le titre qu’Office KGDVS choisissait pour leur contribution –‘1907…Après la Fête’ – ainsi que par la couche de confetti dans le pavillon et autour. Ainsi, l’Office KGDVS invite la communauté professionnelle à une expérience tant architecturale et artistique – ne pas sans clin d'œil subtil vers la crise belge traînante.
Comme explorateurs royaux nous sommes très impressionnés par cet hommage au pavillon belge et l’oasis de calme crée autour. Surtout la manière dont le geste architectural d’Office KGDVS ne permet pas d’interprétation univoque, sera reconnue et appréciée par beaucoup de nos compatriotes. Les citoyens belges, quelle que soit la communauté à laquelle ils appartiennent, subissent chaque jour la même difficulté à comprendre l’arrière-plan et la portée de la crise nationale. En créant une oasis de calme et de contemplation dans un temps de grande agitation sociale, l’architecture nous apprend en plus à continuer nos occupations quotidiennes sans souci, en dépit de la crise immanente. En se distanciant d’un engagement direct dans les problèmes politiques actuels, l’Office KGDVS apprend les citoyens belges à laisser la formulation des solutions pour les problèmes persistants –comme la ceinture flamande et BHV- à ceux qui sont équipés professionnellement pour les résoudre : leurs représentants politiques.
Comme explorateurs royaux nous tirons des leçons de l’intervention subtile d’Office KGDVS. Il nous montre comment la division interne, entre les communautés au niveau national, ne doit pas nécessairement disturber la représentation sur la scène internationale. Et à ce point l’architecture n’est pas une exception. Crise ou pas de crise, la Belgique continue à détacher ses délégations au monde entier, récemment à Pékin, aujourd’hui à Venise et bientôt à Kabul. Ces missions montrent qu’une nation divisée peut être glorieux en tant qu’elle maintient une séparation stricte entre son excellence sportive, militaire ou architecturale et la chamaillerie politique. Tout juste au temps de crise profonde il faut sauvegarder l’autonomie des disciplines stratégiques comme le sport, l’architecture ou l’art militaire. Ou comme un grand homme d’état Italien l’a formulé de manière frappante : « Un peuple est grand qu’à la mesure qu’il sait faire l’architecture et la guerre. » Les visiteurs du pavillon belge regagneront sans doute leurs demeures avec une confiance renforcée en la Belgique comme maison de toutes les communautés.
Cher Ministre, nous espérons que vous preniez ce moment d’apprentissage à cœur dans des décisions concernant des futurs projets et entreprises dans le domaine d’architecture et sport – deux de vos compétences. Ce serait intolérable que ces disciplines élevées seraient contaminées des affaires politiques. Dans notre rôle d’explorateur national, nous vous offrons volontiers nos services dans l’exécution de votre tâche difficile.
Nos salutations distinguées,
Gideon Boie et Matthias Pauwels
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